Arthur Grumiaux à l'âge de trois avec sa maman.
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2. La famille

Introduction | Généalogie | Juliette Fichefet | Sa grand-père maternelle | Jean-Baptiste Fichefet | Ida | Amanda

Introduction
Le registre des naissances de la maison communale de Villers-Perwin note, avec la solennité classique des actes non retranscrite ici, que, l'an mil neuf cent vingt et un, le vingt-deux du mois de mars à cinq heures du soir, Grumiaux Jean-Baptiste, Armand, 26 ans, annonce la naissance ce 21 mars, à deux heures du matin, d'un fils né en cette commune de lui et de Fichefet Marie-Ghislaine, son épouse. Il lui a donné les prénoms de Arthur-Alix-Ghislain.

L’ensemble de réalités qui ont constitué l'ambiance de la petite enfance d'Arthur peuvent mieux faire comprendre les divers aspects de son caractère, à la fois son énergie, quelquefois impérieuse, mais aussi sa grande douceur et son besoin d'affection. L'influence du grand-père, autoritaire et exigeant, fut mitigée par la tendresse presque amoureuse que lui prodiguait Ida et par l'affection vigilante de la grand-mère. Il fut surtout éduqué par des femmes. Il ne vit guère son père et l'influence du grand-père, hormis l'enseignement de la musique, semble avoir été neutralisée par l'affection des deux femmes. Le petit Arthur est entouré de sa grand-mère, de sa mère, et d'Ida. Il n'est pas sans se rendre compte de ce qu'il doit à son grand-père mais ce dernier est beaucoup trop âgé pour pouvoir entrer de plain-pied dans la vie de son petit-fils. On ne mentionne nulle part de petits amis ou de petites amies. Arthur semble presque toujours vivre avec des grandes personnes et surtout des femmes. Il lui manque un père, jeune, qui puisse le comprendre. Tout cela sera pour lui, sans qu'il s'en rende compte, un drame. La belle photo où on le voit debout dans un fauteuil, gracieux dans un costume bien taillé et qui lui convient parfaitement, le montre souriant délicatement, peut-être avec une certaine tristesse rentrée. Ses yeux sont impénétrables dans leur très belle profondeur.
Tel qu'il est, il restera toute sa vie, laissant entrevoir nettement son autorité, souriant délicatement, aimable, mais toujours réservé avec quelque chose d'impénétrable.







Généalogie
Le généalogiste Pol Lambert a pu établir l'ascendance d'Arthur Grumiaux avec une remarquable certitude au moins jusqu'au début du XVIIème siècle.
La lignée Grumiaux est originaire de Quevaucamps mais établie à Frasnes-lez-Gosselies depuis quatre générations. Les lignées Fichefet et Dumont, celles de la branche maternelle de Grumiaux, sont installées à Fleurus depuis au moins le XVIIème siècle. L'orthographe "Grumiaux" date de Jean-Jacques Grumiaux, né à Quevaucamps en 1743; son père s'appelait encore "Grumeau". On ne sait pas pourquoi on a donné le prénom d'Arthur au nouveau-né. Lors de l'accouchement, nous l'avons vu, Ida était présente. Elle était accompagnée d'un jeune homme avec lequel elle était plus ou moins fiancée mais dont elle se sépara six mois plus tard. Ce jeune homme était le seul de son sexe dans la maison et s'appelait Arthur. Il est possible que ce fait contribua à donner ce prénom à l'enfant, qui semble inusité dans les lignées apparentées aux Grumiaux. L'enfant porta aussi comme second prénom Alix, qu'il transformera plus tard en Alex, prétendant qu'Alix était un nom de femme. Ce prénom est sans doute dû au fait que sa mère était femme d'ouvrage chez un pharmacien nommé Alix Pasquier.
La famille Pasquier, dont le chef Alix écrivait parfois des poèmes, aimait beaucoup Arthur et ses relations avec lui continuèrent longtemps, même quand elle partit pour les Etats-Unis.



Juliette Fichefet
La mère de Grumiaux, Juliette Marie Ghislaine Fichefet, avait pris l'habitude de noter dans un petit carnet noir des recettes de cuisine et de pâtisserie. Etrangement, elle y écrit : "Je me suis accouchée de mon petit gamin le lundi 21 mars à deux heures et demie du matin. Premier quartier jeudi 15, pleine lune mercredi 23". La maman croyait sans doute à l'influence des astres.
Mais il existe une version plus dramatique de l'événement. Juliette Fichefet avait épousé un ouvrier, Jean-Baptiste Grumiaux, et le ménage semblait n'avoir guère réussi. Arthur Grumiaux disait qu'en dix ans, il n'avait pas vu une fois, ou à peu près jamais, son père à la maison. Le couple était venu habiter sur la place de l'église de Villers-Perwin. (Une plaque commémorative a été appliquée sur la maison où Grumiaux est né). La maman attendait d'un moment à l'autre la venue de son bébé. Un jour que sa soeur cadette, Ida, lui rendait visite, elle se sentit prête à accoucher et fut aidée par Ida. Celle-ci était d'ailleurs épouvantée parce que totalement ignorante, comme toutes les jeunes filles de son temps, d'un minimum de technique de l'accouchement...

Mais pourquoi Juliette fut-elle la seule de sa famille à n'avoir pas fait de musique? On peut en trouver l'explication dans le caractère autoritaire et dur de son père. Quand ce dernier lui proposa d'étudier la musique, Juliette, sans doute mal disposée à ce moment et ayant elle aussi un caractère assez dur, refusa. Elle le regretta ensuite et revint à la charge mais le papa lui donna une réponse sèche et définitive : "Non. Tu as refusé, maintenant, c'est fini". Juliette ne se laissa pas décourager et trouva de quoi gagner sa vie.
Elle devint en effet le bras droit d'une dame, propriétaire d'une importante firme de margarine.



La grand-mère maternelle
On ne pourrait pas non plus comprendre Grumiaux sans connaître sa grand-mère maternelle et expliquer le pourquoi de la grande affection qu'il lui voua toujours. La grand-mère, sans doute lassée de ne pas avoir de nouvelles de son petit-fils, partit en visite de Fleurus, où elle habitait, à Villers-Perwin. Elle trouva le bébé dans son berceau, seul près du poêle tout rouge et hurlant de toutes ses forces. Une grosse araignée était descendue de son fil et s'était installée dans le nombril de l'enfant. Tout psychologue a beau jeu de penser qu'ici réside l'origine de l'horreur non dissimulée de Grumiaux pour ces petites bêtes... Mais la grand-mère, indignée de cette situation qu'elle attribuait à la négligence de la maman, prit l'enfant dans ses bras et partit avec lui pour Fleurus.
En pratique, ce fut elle qui s'occupa désormais de lui avec une grande affection et continua même quand le ménage Grumiaux, par ailleurs peu solide, vint habiter Fleurus.



Jean-Baptiste Fichefet
Il faut le noter : la famille de Grumiaux compte beaucoup de musiciens, sans doute de valeur inégale mais d'un niveau très appréciable. Et d'abord, son grand-père maternel, Jean-Baptiste Fichefet, surnommé, on ne sait pourquoi, "Joseph", mort en 1961 à l'âge de 91 ans. Je l'avais rencontré vers 1932 avec son petit-fils à l'abbaye de Maredsous. C'était une personnalité forte. On devinait sans peine que, lorsqu'il avait pris une décision, elle était irrévocable. Un homme d'acier. Il avait passé sept ans à l'armée et ce long service l'avait marqué. Il avait fait partie de plusieurs corps de musique et en avait dirigé quelques-uns. Il avait la connaissance de plusieurs instruments. En réalité, la musique était sa passion. Il donnait des leçons de musique, nous le savons déjà, et il tenait un magasin où il vendait des instruments de musique et des partitions.
Le bonhomme avait ainsi enseigné la musique à ses enfants. Il avait un fils et quatre filles, dont l'une mourut à l'âge de neuf ans durant la guerre de 1914-1918. Le fils, clarinettiste et prix de Rome, dirigeait l'harmonie de Saint-Amand. On le retrouve à Paris, où il dirige des orchestres de variétés et, en été, à Mont-Dore, à la tête de l'orchestre du casino.



Ida
Nous avons déjà fait la connaissance d'Ida, la marraine de Grumiaux, qui a assisté sa mère lors de son accouchement imprévu. On la voit sur une ravissante petite photo, assise dans l'herbe et jouant avec le petit bébé Arthur. Elle avait environ dix-huit ans et elle était très belle. Sa préférence allait au piano mais elle devait jouer du violon pour gagner sa vie, elle aussi, dans un petit orchestre de cinéma. Elle s'est mariée assez tard et pas avant que son filleul ne soit devenu un grand jeune homme. Elle devint veuve à 46 ans, d'une manière tragique. Son mari travaillait dans les bureaux d'un charbonnage et commençait sa journée très tôt. Elle se levait avant lui pour préparer le petit déjeuner.
Un jour, ne le voyant pas descendre, elle monta dans la chambre : elle avait dormi à côté d'un mort. Elle se remaria quelques années après mais son mariage ne fut pas heureux.

Ce petit excursus n'est pas inutile car il apparaît qu'Ida, qui aimait beaucoup Arthur, a reporté sur lui son affection, brisée qu'elle était par la mort de son mari et déçue de son second mariage malheureux. On ne peut pas laisser de côté une telle situation, si l'on veut comprendre le caractère de Grumiaux. Nous y reviendrons.
Ida racontait souvent que, lorsqu'elle rentrait de son travail avec son violon, elle le déposait toujours au même endroit et le petit Arthur tournait tout autour d'elle jusqu'à ce qu'elle ouvre enfin la boîte et lui montre l'instrument qu'il regardait comme fasciné.



Amanda
Parmi les chapitres que Dom Nocent n'a pas eu le temps d'écrire, il en est un qui lui tenait spécialement à coeur. celui qu'il souhaitait consacrer à l'épouse de l'artiste, la Baronne Grumiaux, pour laquelle il éprouvait une grande sympathie et dont il appréciait les qualités. Il était convaincu qu'elle avait joué un rôle important dans la vie ou, mieux, dans la qualité de la vie musicale d'Arthur Grumiaux.
Nous devons, malheureusement, nous contenter du bref résumé qu'il a composé de ce chapitre, et qui figure comme tel dans ces pages.
L'entrée d'Amanda dans la vie de Grumiaux n'explique pas tout mais il serait impossible d'apprécier Grumiaux sans connaître Amanda; elle a eu sur sa carrière une indéniable influence, comme sur la qualité de son interprétation musicale. Ici entrent en ligne de compte certaines "discrètes indiscrétions" de Grumiaux lui-même. Amanda a des qualités sérieuses de manager et elle a su dégourdir quelque peu le petit Fleurusien provincial et assez peu déluré, noyé dans les aléas de la vie quotidienne.

Mais Amanda est aussi très musicienne. Grumiaux disait qu'elle était son meilleur critique. Il la faisait toujours monter dans la salle de musique pour connaître son avis sur telle ou telle interprétation; il avait dans son jugement une confiance totale.